Articles de jmarival

Appel à candidatures pour le comité des sportifs

L’Agence française de lutte contre le dopage recherche des membres pour siéger à son comité des sportifs à compter de 2022.

Lancé en janvier 2019 et actuellement composé de sportives et de sportifs de haut niveau olympiques et paralympiques, le comité des sportifs de l’Agence permet une meilleure prise en compte du point de vue des athlètes dans la conduite de la lutte contre le dopage en France. À ce titre, le comité des sportifs peut être consulté sur l’ensemble des questions relevant de la compétence de l’Agence et prend notamment une part active dans le développement des actions d’éducation et de prévention.

Peuvent être candidats des sportives et des sportifs de haut niveau, en activité ou ayant participé à l’une des trois dernières olympiades ou à une manifestation sportive internationale au cours des trois dernières années. Ces sportives et sportifs doivent avoir déjà été soumis à des contrôles antidopage ou avoir fait partie du groupe cible d’une organisation antidopage.

Le comité des sportifs favorise une représentation paritaire entre les femmes et les hommes et une représentation équilibrée des membres entre les disciplines olympiques et paralympiques, les sports d’hiver et d’été et les sports individuels et collectifs. A titre d’exemple, les membres actuels représentent les sports suivants : athlétisme, escrime, judo, natation, pentathlon, ski, tir à l’arc.

Le comité se réunit au moins trois fois par année. Les membres sont désignés pour un mandat de 4 ans (renouvelable une fois) par la présidente de l’Agence après avis des deux coprésidents du comité actuel. Les membres du comité des sportifs exercent leurs fonctions à titre bénévole mais leurs frais de déplacements et de séjour peuvent être remboursés.

Pour plus d’informations, nous vous invitons à consulter la délibération de l’AFLD relative au comité des sportifs.

Si vous êtes intéressés à faire partie du comité des sportifs de l’AFLD, merci de nous transmettre votre candidature à comitesportifs@afld.fr avant le 21 janvier 2022 en nous expliquant brièvement pourquoi vous souhaitez rejoindre le comité des sportifs et comment vous pensez pouvoir contribuer à protéger les valeurs du sport propre en France et à l’international.

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Un grand pas pour la détection du dopage à l’hormone de croissance

Ingénieure d’étude au laboratoire antidopage de Châtenay-Malabry depuis 16 ans, Cynthia Mongongu est parvenue à perfectionner la méthode actuelle de détection indirecte de l’hormone de croissance pour permettre plus de contrôles et des analyses plus sensibles. Fruit d’une thèse de plusieurs années, cette découverte scientifique française pourrait être décisive pour confondre les sportifs qui ont recours à des hormones de croissance de synthèse afin d’améliorer leurs performances. Entretien avec la chercheuse.

Comment avez-vous rejoint la lutte antidopage ?

“J’ai fait mes débuts au laboratoire antidopage de Châtenay-Malabry en 2003 dans le secteur où sont réalisées les analyses de détection des stéroïdes anabolisants tels que la testostérone. En 2006, j’étais d’ailleurs en charge de ces analyses sur le Tour de France et j’ai été en première ligne après le contrôle positif à la testostérone du vainqueur de l’épreuve, l’Américain Floyd Landis, rendu public quelques jours après l’arrivée sur les Champs-Elysées. J’ai par la suite été auditionnée plusieurs fois dans le cadre de l’enquête menée aux Etats-Unis. Une épreuve éprouvante mais qui m’a fait grandir d’un coup ! J’ai ensuite intégré le secteur recherche et développement du laboratoire, où mon travail consiste à élaborer et développer de nouvelles stratégies de préparation d’échantillons et d’analyses. Pour rester efficace et performant dans la lutte antidopage, nous devons en effet continuellement améliorer nos méthodes et stratégies de détection des substances dopantes.

Comment en êtes-vous venue à travailler spécifiquement sur l’hormone de croissance ?

L’Agence française de lutte contre le dopage m’a donné l’opportunité de réaliser un doctorat et de consacrer du temps pour avancer sur cette problématique d’intérêt majeur pour l’antidopage : la détection du dopage à l’hormone de croissance. Je me suis alors lancée dans une thèse, une grande aventure de plusieurs années, et je me suis plus particulièrement intéressée à un marqueur indirect de la prise d’hormone de croissance, le facteur de croissance IGF-1, et aussi à ses analogues de synthèse vendus au marché noir.

Une prise de substances encore plus complexe à détecter que l’EPO

 

Quels rôles jouent ces substances dans notre organisme?

L’hormone de croissance et l’IGF-1 jouent un rôle essentiel dans la régulation de la croissance, la prolifération et la survie des cellules. Actuellement, les médicaments qui reproduisent l’hormone humaine et l’IGF-1 sont les thérapies de choix pour traiter les pathologies liées à une déficience en hormone de croissance, source de retards de croissance et de nanisme. Dans une optique dopante, les principaux effets recherchés avec ces médicaments sont la perte de graisse, l’augmentation de la masse musculaire et l’aide à la récupération et à la réparation des blessures. Le mode d’administration prendrait la forme d’une cure avec des administrations répétées sur plusieurs semaines.

Quels sont les risques pour la santé chez un sujet sain ?

Au-delà des considérations éthiques, la prise de ces substances peut entrainer chez des sujets sains de nombreux effets secondaires voire des tumeurs cancéreuses. En vente libre au marché noir, ces molécules sont bien sûr interdites par l’Agence mondiale antidopage (AMA). Afin de lutter avec efficacité contre ce type de dopage, il est donc nécessaire de pouvoir les identifier, voire de les quantifier avec justesse dans les échantillons issus des contrôles.

Comment parvient-on à détecter le dopage à l’hormone de croissance ?

A l’inverse de l’EPO, l’hormone de croissance et l’IGF-1 de synthèse (aussi appelées recombinantes) sont identiques aux formes naturellement produites par notre organisme et il est donc difficile de prouver une prise de ces substances. Actuellement, l’AMA autorise deux approches pour détecter un dopage à l’hormone de croissance. La première est une méthode de détection directe de l’hormone de croissance mais elle présente une fenêtre de détection limitée à quelques heures. La deuxième approche est une méthode dite « indirecte » car elle ne mesure pas directement l’hormone de croissance mais elle s’intéresse à deux de ses biomarqueurs dont notre fameux IGF-1. La méthode indirecte permet d’élargir la fenêtre de détection jusqu’à une semaine environ. Son efficacité reste néanmoins en partie limitée par les fortes variations qui peuvent exister d’un individu à l’autre. C’est cette analyse que j’ai voulu améliorer en lui consacrant une bonne partie de ma thèse.

Une méthode compatible avec les prélèvements par goutte de sang séché

 

A quels résultats a abouti votre recherche ?

J’ai développé une nouvelle méthode de mesure d’IGF-1 précise et fiable basée sur une approche adaptée à l’analyse à haut débit, afin de traiter un grand nombre d’échantillons en même temps tout en réduisant le temps d’analyse. J’ai aussi réussi à réduire le volume d’échantillon nécessaire pour réaliser une analyse sensible, ce qui permet de réaliser d’autres analyses antidopage avec le même échantillon. Cette méthodologie est plutôt simple à mettre en œuvre et se montre plus reproductible que l’analyse actuellement approuvée par l’AMA.

Peut-on s’attendre prochainement à sa mise en œuvre par les organisations antidopage dans le monde ?

 Ma méthode répond aux exigences de l’AMA et ses performances ont également été démontrées avec une goutte de sang séché, une technique de prélèvement sanguin expérimentée pour la première fois aux Jeux olympiques cet été à Tokyo. Réalisés via une simple piqûre au doigt, les prélèvements par goutte de sang séché sont plus simples et moins invasifs pour le sportif que les prélèvements sanguins conventionnels. Ils devraient aussi permettre d’augmenter la fréquence des contrôles antidopage, et donc augmenter les chances de détecter un cas de dopage. La méthodologie que j’ai mise au point a déjà fait l’objet d’une publication scientifique.* Elle doit désormais être autorisée par l’AMA pour pouvoir être réalisée à grande échelle sur des échantillons d’athlètes, et pour être appliquée au suivi longitudinal d’IGF-1. En cas d’évolution anormale des concentrations, on pourrait alors déduire un possible dopage à l’hormone de croissance ou à l’IGF-1… L’avenir le dira !”

Mongongu C et al. Use of capillary dried blood for quantification of intact IGF-I by LC-HRMS for antidoping analysis. Bioanalysis. 2020 Jun;12(11):737-752.

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Un film pour les 15 ans de l’AFLD

A l’occasion de son 15e anniversaire, l’AFLD met en ligne un film sur la genèse de l’Agence et les grandes étapes de la lutte antidopage depuis 2006 à l’horizon des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024

Née à l’automne 2006 sur les fondations du Conseil de prévention et de lutte contre le dopage (CPLD), l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) célèbre cette année son 15e anniversaire. L’occasion pour l’Agence de revenir sur les principaux jalons qui ont structuré la lutte antidopage depuis 15 ans en France et dans le monde, et de présenter les défis à venir jusqu’aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 et après.

Ce film de 13 minutes réunit plusieurs grands témoins de l’histoire de l’AFLD parmi lesquels d’anciens ministres des Sports tels que Marie-George Buffet, Jean-François Lamour et Valérie Fourneyron (par ailleurs actuelle présidente de l’International Testing Agency), des responsables actuels ou passés de l’Agence ou encore la fleurettiste Astrid Guyart qui a pu observer de l’extérieur puis de l’intérieur, au sein du Comité des sportifs de l’AFLD, l’évolution de notre institution.

Le film est disponible sur notre chaîne Youtube.

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L’AFLD obtient des pouvoirs d’enquête renforcés pour lutter contre le dopage animal

L’ordonnance du 21 avril 2021 a donné à l’Agence des pouvoirs d’enquête inédits pour renforcer la lutte contre le dopage chez les sportifs (convocation à une audition, visite de locaux, etc.). La loi du 30 novembre 2021, « visant à lutter contre la maltraitance animale et conforter le lien entre les animaux et les hommes », étend désormais ces prérogatives au dopage animal en complétant le code du sport.

A l’initiative d’un amendement déposé par le sénateur Arnaud Bazin, le Parlement a conforté les pouvoirs de l’Agence afin de lutter contre le dopage animal qui est une cause majeure de maltraitance pour les animaux et en premier lieu pour les chevaux.

Dans ce but, l’Agence peut désormais accéder librement aux locaux à usage professionnel, aux lieux d’entraînement, aux enceintes sportives et aux locaux où les animaux sont habituellement gardés lors d’une manifestation sportive (box, écuries…).

Les enquêteurs assermentés de l’Agence peuvent également y recueillir sur place des explications, entre 6 heures et 23 heures ou à tout moment dès lors que ces lieux sont ouverts au public ou qu’une manifestation sportive ou un entraînement est en cours.

La loi permet en outre aux enquêteurs de l’Agence de recourir, avec l’autorisation écrite du secrétaire général et du procureur de la République à la technique du « coup d’achat » afin de vérifier, au besoin avec une identité d’emprunt, si une personne propose d’acquérir, d’importer, de transporter ou de détenir des substances ou méthodes de dopage, afin de la confondre.

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L’AFLD fête ses 15 ans avec un nouveau logo et un plan stratégique 2022-2024

Née à l’automne 2006, l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) a choisi la date du 25 novembre 2021 pour célébrer son 15e anniversaire en réunissant à deux pas de son siège parisien plus de 200 partenaires français et internationaux dont Witold Banka, le président de l’Agence mondiale antidopage, Roxana Maracineanu, la ministre chargée des Sports, Jean-Philippe Gatien, le directeur des Sports de Paris 2024, ainsi que les représentants d’agences nationales antidopage européennes, de fédérations sportives ou encore d’institutions  françaises et européennes.

Cette cérémonie anniversaire a été l’occasion pour l’Agence de présenter sa feuille de route jusqu’aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 :

Plan stratégique de l’AFLD 2022-2024

Dotée désormais de pouvoirs inédits en matière d’enquêtes et d’éducation, l’AFLD souhaite conforter son rôle de régulateur national en matière d’antidopage et devenir une référence parmi ses homologues internationaux. Si le dispositif français de lutte contre le dopage a fortement progressé ces dernières années, il doit encore monter en puissance d’ici 2024. Le nombre de contrôles doit augmenter significativement, de 9 000 en 2021 à 12 000 dès 2023, pour asseoir la crédibilité de l’Agence à la veille des Jeux de Paris.

Une part durable de l’héritage des Jeux de 2024

Dans une approche de plus en plus partenariale avec les athlètes et le mouvement sportif, l’AFLD souhaite également promouvoir davantage la culture du sport propre en formant ses publics aux valeurs d’intégrité, de respect et de protection de la santé, ainsi qu’aux règles antidopage. La réussite des Jeux de Paris se mesurera d’ailleurs aussi à notre capacité collective à accompagner la performance sportive d’une éducation solide en matière d’antidopage et à en faire une part durable de l’héritage olympique pour les sportifs de haut niveau mais également pour la jeunesse dans son ensemble.

Pour ses 15 ans, l’Agence s’est aussi dotée d’une nouvelle identité visuelle, choisie à l’issue d’un concours qui a réuni cet été plus d’une centaine de jeunes créatifs à travers toute la France. C’est le studio marseillais 13 grammes qui a su séduire le jury avec un logo évoquant les lignes des terrains de sport, dynamique, solide sur ses bases et tourné vers l’extérieur. Cette nouvelle signature réaffirme l’autorité d’une Agence forte de 15 années d’expérience dans la lutte antidopage pour incarner ses valeurs d’ouverture, de confiance et d’engagement.

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Les glucocorticoïdes par voie injectable interdits en compétition le 1er janvier 2022

Les glucocorticoïdes, qu’on désigne aussi communément par la forme simplifiée de « corticoïdes », sont mentionnés dans la liste des interdictions publiée chaque année par l’Agence mondiale antidopage (AMA) depuis la première version adoptée en 2003. Jusqu’ici, cette hormone stéroïdienne était interdite en compétition quand elle était administrée par voie orale, rectale et par injection intraveineuse et intramusculaire. A partir du 1er janvier 2022, ce sont toutes les injections de corticoïdes qui seront interdites, y compris les infiltrations.

Par voie locale, exceptée par injection, les glucocorticoïdes restent autorisés en compétition, dès lors qu’ils sont utilisés en respectant la dose thérapeutique maximale autorisée. Il peut s’agir par exemple de pommade pour la peau, de solution auriculaire, de pulvérisation nasale, d’inhalation ou encore de gouttes pour les yeux (liste non exhaustive).

Périodes de sevrage à l’approche d’une compétition

Attention toutefois, lorsque les corticoïdes sont pris hors compétition par voie orale, intramusculaire ou en injection locale, l’AMA indique désormais une période de sevrage de 3 à 60 jours à respecter avant le début de la compétition selon la substance et la voie d’administration pour ne pas risquer un contrôle antidopage positif pendant la compétition.

Les différentes périodes de sevrage sont précisées dans ce document sur le site de l’AMA.

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La présidente de l’AFLD auditionnée au Sénat

Dominique Laurent, présidente de l’AFLD, a été auditionnée par la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat. L’occasion de revenir sur le bilan des Jeux de Tokyo, les nouveaux pouvoirs d’enquête et d’éducation de l’Agence, le futur transfert du laboratoire d’analyse à l’université Paris-Saclay mais aussi la politique antidopage pour Paris 2024.

Le replay de l’audition

Le compte rendu complet de la commission

Le résumé sur le site de Public Sénat

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La directrice des contrôles de l’AFLD en mission à Tokyo pour l’AMA

Francesca Rossi, directrice du département des contrôles de l’AFLD, a été missionnée cette année par l’Agence mondiale antidopage (AMA) pour diriger à Tokyo l’équipe des observateurs indépendants chargée de superviser le programme antidopage des Jeux olympiques. Magnus Ericsson, le directeur du laboratoire antidopage de Châtenay-Malabry, et cinq membres de son équipe sont également présents au Japon pour participer aux opérations d’analyse tandis que 4 préleveurs de l’AFLD collaborent aux contrôles.

Au Japon, les opérations antidopage des Jeux olympiques de Tokyo (23 juillet-8 août 2021) sont menées pour la première fois pour le compte du CIO par l’International Testing Agency (ITA), l’agence de contrôle internationale indépendante créée en 2018 et qui réalise aujourd’hui les programmes antidopage d’une cinquantaine de fédérations internationales.

L’AFLD sera de son côté bien représentée aux Jeux. Francesca Rossi (photo), directrice des contrôles de l’AFLD depuis janvier 2020, présidera cette année l’équipe des huit observateurs indépendants dépêchés à Tokyo par l’Agence mondiale antidopage (AMA). Mise en place à l’occasion des Jeux de Sydney en 2000, « l’équipe des observateurs indépendants » assure depuis la supervision des programmes antidopage de chaque édition des Jeux olympiques et paralympiques.

Composée uniquement d’expert(e)s internationaux, cette équipe est chargée de formuler des recommandations quotidiennes aux organisateurs et de publier un rapport final pour renforcer la qualité des activités antidopage des futures manifestations, en vue notamment des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.

Le laboratoire antidopage, de Châtenay-Malabry à Tokyo

Six agents du laboratoire antidopage de Châtenay-Malabry sont également à Tokyo pour participer aux analyses des échantillons collectés sur place : Magnus Ericsson, son directeur, Laurent Martin, chargé de recherche spécialisé dans la détection de l’EPO, Aurélie Benoit, Manfred Conjeaud et Thibaut Tissier, chefs de secteur chimie, et Nicolas Laudet, technicien chimie.

Enfin, quatre de nos agents de contrôle du dopage qui ont obtenu la certification internationale spécifique iDCO de l’ITA collaboreront pendant les Jeux aux opérations de prélèvement sur les athlètes avec les autres préleveurs venus du monde entier. Il s’agit de Cyril Ladouce, Pierre Legagnoux, Francis Michaut et Isabelle Dounias.

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Jean-Pierre Goullé nommé chevalier de la Légion d’honneur

La dernière promotion de la Légion d’honneur publiée le 14 juillet a élevé le professeur Jean-Pierre Goullé, membre du collège de l’AFLD entre 2007 et 2019, au grade de chevalier de la Légion d’honneur. Membre des Académies nationales de pharmacie et de médecine, Jean-Pierre Goullé, 73 ans, a mené une brillante carrière hospitalière, universitaire et scientifique et a contribué grâce à sa riche expérience en toxicologie à éclairer les débats du collège de l’AFLD.

L’AFLD et les membres du collège de l’Agence lui adressent leurs plus chaleureuses félicitations.

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Françoise Lasne, la Française qui a mis au point le 1er test de détection de l’EPO : « j’ai pris ça comme un jeu »

Il y a 20 ans le premier test urinaire de détection de l’EPO faisait son apparition sur le Tour de France 2001. Expérimenté aux Jeux olympiques de Sydney l’année précédente, il avait été mis au point par la docteure Françoise Lasne au laboratoire antidopage de Châtenay-Malabry dirigé alors par Jacques de Ceaurriz. Responsable du département biologie du laboratoire puis directrice du département des analyses de l’AFLD jusqu’à son départ en retraite en 2014, Françoise Lasne, 72 ans aujourd’hui, revient sur l’une des grandes victoires de la lutte antidopage.

Pouvez-vous d’abord nous présenter l’EPO ?

« L’EPO est une hormone fabriquée naturellement par les reins. Mais il existe aussi une EPO dite « recombinante », cultivée artificiellement à partir de cellules d’ovaires d’hamsters chinois. Elle a été mise au point par 2 laboratoires pharmaceutiques dans les années 1980 comme médicament pour les prématurés et les personnes souffrant d’insuffisance rénale. Dans les deux cas, cette hormone stimule la production de globules rouges par la moelle osseuse. L’EPO recombinante est utilisée comme dopant car les globules rouges permettent le transport de l’oxygène dans l’organisme, d’où un avantage certain, notamment dans les sports d’endurance.

Quand avez-vous commencé à travailler avec le docteur Jacques de Ceaurriz sur la détection de l’EPO de synthèse ?

J’ai commencé à travailler sur l’EPO en 1994 en milieu hospitalier à Lyon puis j’ai poursuivi mes travaux au laboratoire d’analyse de Châtenay-Malabry lorsque Jacques de Ceaurriz, le directeur du laboratoire, m’a recrutée en 1998. Je n’avais pas été embauchée au départ pour travailler sur l’EPO mais pour valider des examens hématologiques réalisés à bord d’une unité mobile.

Quand l’EPO est-elle devenue la priorité n°1 de la recherche au laboratoire ?

On ne peut pas dire qu’elle était la priorité n°1 mais Jacques de Ceaurriz était très intéressé par les premiers résultats que j’avais obtenus à Lyon. Il a fallu alors acheter tout le matériel nécessaire car les analyses biologiques ne se pratiquaient à l’époque dans aucun laboratoire antidopage dans le monde.

Quels échos aviez-vous à l’époque de pratiques dopantes à l’EPO dans le sport en général et dans le cyclisme en particulier ?

On se doutait bien que l’EPO recombinante était utilisée dans le sport et que de nombreux sportifs avaient détourné le médicament pour booster artificiellement leur production de globules rouges. C’est pour cette raison que le CIO l’a inscrite sur la liste des substances interdites en 1990. Il devenait alors essentiel d’obtenir une méthode de détection, d’autant plus qu’en épaississant le sang, l’EPO entraîne un risque accru d’affections mortelles, comme des troubles ou des attaques cardiaques et des embolies cérébrales ou pulmonaires.

Vous parvenez à mettre au point un test de détection en 2000, 10 ans après l’inscription de l’EPO sur la liste des substances interdites. Quel était le plus grand défi technique posé par l’EPO de synthèse : la distinguer de l’EPO naturelle ou son élimination rapide par l’organisme ?

Le fait qu’elle soit éliminée rapidement, on n’y peut malheureusement rien. La difficulté était de trouver une méthode qui mette en évidence des différences de structure entre l’EPO humaine naturelle et l’EPO recombinante. A la différence des médicaments purement chimiques que les laboratoires sont capables de reproduire à l’identique, l’EPO recombinante est une hormone bio-similaires qui n’est pas strictement identique à l’hormone naturelle.

A l’époque, le laboratoire australien de Sydney travaillait sur une méthode de dépistage sanguin de l’EPO. Pourquoi avoir opté pour un test urinaire ?

Les Australiens voulaient avoir un test en main pour les Jeux olympiques de Sydney programmés en septembre 2000. Ils avaient choisi de travailler sur une méthode indirecte pour détecter les effets à plus long terme de l’utilisation d’EPO recombinante alors que nous travaillions sur un test direct pour la détecter tant qu’elle est encore présente dans l’organisme. Les deux méthodes ont été présentées en même temps pour validation au CIO à l’été 2000 et le CIO avait exigé une positivité aux 2 tests pour déclarer un sportif dopé à l’EPO… Les deux méthodes cohabitent d’ailleurs toujours aujourd’hui. La méthode indirecte est utilisée pour le suivi des variables du passeport biologique de l’athlète.

Il y a t-il eu une collaboration internationale pour mettre au point le test urinaire ?

Non, cela a été une recherche franco-française menée exclusivement au laboratoire de Châtenay-Malabry. Mais nous avons ensuite fourni la méthode aux autres laboratoires antidopage et nous les avons même formés. 

 

Quelles ont été les grandes étapes de la mise au point de votre méthode de détection ?

Il y a eu beaucoup de difficultés techniques à résoudre, notamment à cause de certains anticorps. Ensuite, il fallait être capable de distinguer les « images » légèrement différentes de l’EPO naturelle et de l’EPO recombinante. J’ai réussi à percevoir des premières différences en comparant l’EPO naturelle avec des échantillons de prématurés qui avaient été traités à l’EPO recombinante. J’ai ensuite testé ma méthode sur des prélèvements urinaires de sportifs en piochant dans les échantillons conservés du Tour de France 1998. J’en ai choisi 14 au hasard et j’ai d’abord cru que ma méthode ne fonctionnait pas car les 14 étaient positifs ! Mais ma méthode marchait en fait très bien (rires) !

 

Avez-vous tout de suite pensé aux conséquences pour les sportifs dopés que pourrait avoir votre test urinaire ?

Non j’ai pris avant tout cette recherche comme un jeu. Je voulais démontrer qu’il y avait des différences entre les deux hormones et qu’on pouvait les utiliser pour les contrôles antidopage. Je n’ai pas du tout pensé aux conséquences juridiques et sportives.

Vous publiez avec Jacques de Ceaurriz le résultat de votre recherche dans la revue Nature en juin 2000 mais l’Union cycliste internationale (UCI) se montre d’abord sceptique sur la fiabilité du test et refuse de l’appliquer dès juillet sur le Tour de France. Quel fut votre réaction ?

Je ne donne pas tort à l’UCI car je suis moi-même par nature très prudente sur l’interprétation des résultats. Je voulais être certaine que dans aucune circonstance on ait un faux positif. Il y a ensuite eu beaucoup de travail pour valider définitivement la méthode.

Finalement le test urinaire est utilisé pour la 1ère fois aux Jeux de Sydney en septembre 2000 puis l’été suivant sur le Tour de France 2001. Comment avez-vous réussi à convaincre les organisateurs ?

On nous a envoyé à l’aveugle plusieurs échantillons, positifs et négatifs, pour un essai clinique et nous avons obtenu 100 % de bons résultats. Le test a été validé.

Avez-vous été surpris par les résultats des analyses aux Jeux de Sydney et sur le Tour 2001 ?

Il était de notoriété publique qu’il existait un test de détection de l’EPO recombinante et les sportifs n’ont pas été assez stupides pour se doper en masse comme en 1998 à l’époque où ils ne craignaient rien. A Sydney, le CIO avait placé parmi les prélèvements un échantillon « piège » pour nous tester mais nous l’avons détecté. Mais sinon, nous n’avons pas sorti de positifs à l’EPO aux Jeux ou sur le Tour 2001.

Comment a évolué votre méthode de détection au fil des ans ?

Il y a eu des perfectionnements techniques, les images sont devenues de plus en plus précises. Nous avons aussi peaufiné nos interprétations, notamment en cas d’effort intense du sportif. On s’est aussi aperçu que l’EPO contenue dans les échantillons pouvait rapidement se dégrader si l’on ne prenait pas certaines précautions pour leur conservation. C’est pour cette raison qu’ont été mises en place des mesures de congélation pour le stockage et le transport des échantillons.

La recherche scientifique sur l’EPO s’est poursuivie après votre départ en retraite en 2014 et l’équipe du département biologique du laboratoire de Châtenay-Malabry, menée par Alexandre Marchand et Laurent Martin, continue sans cesse d’affiner sa détection pour s’adapter notamment aux nouvelles EPO qui sont mises sur le marché. Les EPO de synthèse d’aujourd’hui sont-elles comparables à celles des années 1990/2000 ?

Le nombre d’EPO recombinantes a explosé. Les brevets des premières EPO recombinantes créées dans les années 1980 sont tombés dans le domaine public et de nombreux laboratoires ont produit à leur tour de nouvelles EPO. Mais le laboratoire français suit le mouvement et il est toujours en pointe au niveau mondial sur la détection de l’EPO.

L’EPO de synthèse est un produit dopant vieux de 35 ans et pourtant on en retrouve toujours aujourd’hui dans les analyses de contrôles antidopage. Comment l’expliquez-vous ?

C’est un médicament qui reste très efficace pour produire des globules rouges, même à petites pauses, et donc pour les sports d’endurance. Par contre, les sportifs ont appris à moduler leur utilisation. Ils savent quand arrêter la prise avant une compétition pour échapper à un contrôle direct. C’est pour cette raison qu’on a développé en parallèle la détection indirecte avec le passeport hématologique.

Quel est votre regard sur le laboratoire antidopage et sur l’AFLD qui fête ses 15 ans cette année ?

Je l’ai adoré ce laboratoire ! Il m’a permis de vivre des expériences palpitantes et même un peu stressantes, et pas seulement d’un point de vue scientifique. On pourrait en tirer un feuilleton avec de nombreux épisodes chargés en émotion comme ce contrat passé pour faire exploser le laboratoire ou encore le trafic d’un échantillon pendant une contre-expertise. Le laboratoire est devenu le département des analyses de l’AFLD à sa création en 2006. On a pu avoir au début l’impression d’être « phagocyté » par une agence qui est arrivée après nous et puis on s’y est fait et on y a trouvé des avantages, notamment pour l’achat de matériel supplémentaire. Nous avons formé un couple efficace* ! »

*Le 1er janvier 2022, le laboratoire d’analyse de Châtenay-Malabry va être séparé juridiquement de l’Agence française de lutte contre le dopage, conformément aux exigences de l’Agence mondiale antidopage, pour être rattaché à l’université Paris-Saclay. Le laboratoire emménagera sur le plateau de Saclay en 2023.

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